L'ASSOCIATION ARTUS PRÉSENTE :


URSUS ARCTOS


Quelle histoire, ce statut d'ours sauvage. J'y perds mes grognements. Avant, j'étais une espèce nuisible. Alors que de nombreux pays européens me protégeaient, I'Etat français persistait à donner des primes pour me tuer. En 1962, on pouvait encore me détruire par des battues administratives. En 1967, on créa le Parc National des Pyrénées pour me protéger officiellement.
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L'Etat et les élus locaux s'entendirent pour que 95% des forêts où j'habitais ne furent pas comprises dans le périmètre sacré. En 1972, on interdisait de me tuer, c'était un peu tard et ce n'est qu'en 1987 qu'un décret était pris pour me protéger. Là c'est franchement trop tard, nous n'étions plus qu'une vingtaine dans les Pyrénées..

Sommes-nous moins inquiétés par la catégorie des chasseurs braconniers et les empoisonneurs ? Non, notre histoire d'ours est une longue saga de crimes toujours impunis. Tenez : en 1994 en Vallée d'Aspe, notre ami «Claude», un ours béarnais bien connu des naturalistes, consciencieusement suivi depuis des années par Jean-Jacques Camarra de I'ONC et Gerard Caussimont du FIEP, est flingué ; par des chasseurs lors d'une battue au sanglier.

Début 1997, on retrouve les responsables par dénonciation. La Vallée d'Aspe est riche en corbeaux de tout poil. Timide réprobation. Les ours ne votent pas, les braconniers oui. Alors commence un plan d'enfer, une défense à vous couper l'appétit : un petit vent nauséabond de rumeurs est alors soigneusement distillé par quelques élus, consciencieusement relayé par la presse locale. Un correspondant du journal «Le Monde» réussira à faire passer son papier sur la petite rumeur. Pardi, si l'idée est reprise par la presse parisienne, ça lui donne un certain crédit !Peu de gens auront remarqué que tout ce microcosme se tenait par la barbichette. La rumeur, on sait l'utiliser et la sagesse populaire aussi, vous savez le genre de dicton : «II n'y a pas de fumée sans feu !» Alors, vogue la rumeur au service de la démagogie locale ! Alors, comment l'a-t-on cuisiné cette rumeur ? Comment ça se fabrique, un pétard pareil .

Très simplement en l'enracinant dans les fantasmes actuels de la France sécuritaire et identitaire. L'ours braconné ne serait peut-être pas bien de chez nous ! Ce serait un clandestin,c'est imparable comme coup bas. Nous les ours, cela fait 600 000 ans que nous n'avons que des permis de séjour très provisoires.

Les empreintes de Claude étaient relevées consciencieusement chaque année. Mais tout ça les petits chasseurs de voix n'en ont cure, on préfère donner dans le vaudeville pour se disculper. Résumons la pièce : '
1, on tire;
2, on identifie ;
3, on reconnaît I'ours, on se sauve et on se tait courageusement ;
4, on revient pour piquer la tête, la peau et les pattes (on aime les ours sur la cheminée) ;
5, règlement de compte, on est dénoncé ;
6, ça devient un complot venant de l'étranger;
7, coup de théâtre, pouce les gars : c'est pas si grave que ça, L'ours n'était pas de chez nous, ce n'était qu'un clandestin. Épilogue : L'élu local est réélu, donc il avait raison et le braconnier est décoré d'avoir débarrassé la terre de ses aïeux d'un ours trop brun. Quel théâtre classe mes amis ! Quel fou rire dans nos tanières. Vivement que l'on réintroduise I'ours blanc dans nos vaIlées.

Roland Guichard




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traduction Sam Danflou


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